vendredi 8 novembre 2019

Igor Nazarenko répond à nos questions... (partie 1)

Cette interview d'Igor Nazarenko a été réalisée à l'attention des membres francophones par Pauline Lebon, responsable de zone géographique.
M. Nazarenko autorise sa publication sur le blog : https://socialnewlife.blogspot.com/


Cela fera 6 ans en janvier 2020 que le NNC a été créé. Etes-vous satisfait ?

On peut toujours faire mieux, mais je suis satisfait.
Satisfait d'un point de vue comptable car en passant de 0,056 dollars à 2,21 dollars aujourd'hui, ceci représente une hausse très importante. Et une personne qui a acheté pour 10 000 dollars de NNC dès les premiers jours possède aujourd'hui (6 ans après) près de 400 000 dollars. 40 fois son investissement en 6 ans. C'est très appréciable. Et celui qui a acheté 10 000 dollars de NNC en janvier 2017 possède aujourd'hui 95 000 dollars. Presque 10 fois son investissement en moins de 3 ans. Janvier 2017, c'était hier ! On parle souvent du bonus, mais il faut aussi voir l'évolution du cours du NNC. En 6 ans, la hausse du NNC est plus importante que le bonus. Faites le calcul. C'est 2,8 fois plus.
Non seulement je suis satisfait, mais les investisseurs sont enchantés. C'est cela le principal.

Qu'est-ce qui explique cette hausse selon vous ?

Mais quelle autre devise voulez-vous acheter ?
Du dollar avec un endettement des Etats-Unis, pays émetteur, à 22 000 milliards de Dollars ?
De l'Euro avec un endettement des pays de la zone Euro qui atteint 10 000 milliards d'Euros ?
Du Yuan avec un gouvernement chinois, digne héritier des Soviétiques, qui maquille chaque chiffre ?
Du Bitcoin qui n'a aucune stabilité ?
Le moins pire est sûrement le Bitcoin, il ne peut être manipulé que par les marchés financiers. Pas par les Etats.

Vous pensez que ces devises ne valent plus rien ?

Objectivement, combien vaut le Dollar avec 22 000 milliards de dette américaine ?
Combien vaut l'Euro avec 10 000 milliards de dette ?
Vous êtes Européenne, n'est-ce pas ? Sachez que chaque Européen est endetté par son pays à hauteur de 30 000€ par personne ! Un couple avec 2 enfants est endetté par son pays à hauteur de 120 000€. 
Alors combien vaut réellement une pièce de 1€ ?

Il est clair que le Dollar a encore une valeur, de par la puissance militaire des USA et leur influence politique. Ceci est indiscutable. Mais c'est une valeur abstraite, psychologique, nullement comptable.

Est-ce pour cela que vous avez créé le NNC ?

Lorsqu'à la fin des années 80 et au début de 1990, j'ai entrepris d'élaborer ma thèse en économie monétaire, j'ai d'abord obtenu l'accord du ministère de l'éducation soviétique pour étudier la dérive financière des pays capitalistes. Comprenez qu'à l'époque, nous sommes en URSS et avant de faire une thèse, vous devez avoir l'accord des autorités. C'est super bien vu de faire une thèse sur les dérives financières des pays capitalistes.

Pour être franc, je m'attendais à devoir manipuler les chiffres de mon étude pour être encore plus apprécié et présenter une thèse 100% compatible avec la pensée soviétique sur le délabrement financier des pays capitalistes. (Eclat de rire).
Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant l'état des lieux. Les dettes, les déficits... voulez-vous une anecdote ? Je croyais que l'on me donnait des chiffres faux et déjà manipulés par le pouvoir soviétique. Je me suis dit : "C'est bon, je n'ai rien à maquiller, ils sont déjà passés avant moi." (de nouveau, éclats de rire).

C'est alors que vous avez pensé à créer une devise et un autre système financier ?

Non, pas encore à cet instant. J'ai d'abord voulu vérifier les chiffres que je voyais et comprendre pourquoi une telle situation de la monnaie chez les capitalistes. Cela me paraissait invraisemblable. Le monde capitaliste pour nous, Soviétiques, c'était la richesse ! Nous disions haut et fort le contraire, mais au fond de nous, nous rêvions de cette prospérité capitaliste. Et pour vérifier, cela ne fut pas facile. Il n'y avait pas Internet à l'époque, il fallait passer par l'organe d'information du parti communiste, seul habilité à donner des informations et des chiffres officiels.

Puis le mur de Berlin est tombé ! Une immense aspiration de liberté nous a alors emportés. Il était, dès lors, facile de vérifier. Et quelle surprise ! Les chiffres étaient exacts. Le parti communiste n'avait même pas eu besoin de les maquiller.
Vous êtes Française, n'est-ce pas ? Et bien, à l'époque, chaque Français (homme, femme ou enfant) avait une dette de 30 000 francs français. Aujourd'hui, c'est 30 000€. Je connais la dette des principaux pays et son évolution par coeur, car cela fait plus de 25 ans que je l'étudie. Et demain ? Qui va payer ?

Vous pensez que le système monétaire est à bout de souffle ?

Je n'en suis pas certain, mais je suis certain d'une prochaine crise monétaire et économique. Avant, on faisait payer la dette en levant des impôts. Aujourd'hui, on a inventé un mal indolore, mais au combien dangereux : les taux négatifs ! Vous avez sans doute entendu parler de taux négatif. Quelle invention machiavélique ! Et qui fixe les taux ? les Etats ! Demain, vous placez 100€ et on vous rendra 99€ dans quelques années. Mais si c'est vous qui empruntez, alors soyez certain que les taux sont positifs. Empruntez 100 et vous rembourserez 105. Demandez à votre banquier.
A l'arrivée, d'une façon ou d'une autre, c'est toujours les citoyens qui paient les dettes de l'Etat. C'est catastrophique pour l'épargnant, et l'épargnant est celui qui finance les innovations, la recherche. C'est le moteur même du capitalisme que l'on abîme en touchant à l'épargnant. Cela peut sembler indolore... Aujourd'hui. Mais après quelques années de taux négatifs, les dégâts seront considérables et la crise inévitable.

Revenons à votre théorie qui donnera naissance au NNC.

Après ma thèse, j'ai commencé à me dire que l'on pouvait faire autrement, que les Etats jouaient trop avec les taux et la monnaie officielle et que cela créait d'énormes problèmes et crises monétaires. J'ai étudié en détail (je dis bien étudié, et pas seulement lu), les thèses des économistes monétaristes, je me suis énormément servi des travaux de Hayek et j'ai voulu aller plus loin que Milton Friedman qui a fait un travail remarquable sur les stocks de monnaie en circulation, et qui est le père spirituel des monétaristes.

Il fallait un système monétaire qui place la monnaie dans une position de valeur absolue. Une monnaie impossible à manipuler. Hayek avait posé les bases et Friedman n'avait pas osé ou pas voulu aller plus loin.
De plus, Friedman tourne en rond à un moment donné, car la masse monétaire en circulation varie sans cesse et surtout de manière cyclique, ce qu'il démontre avec une précision statistique impressionnante pour l'époque. J'ai cherché longtemps comment minimiser l'effet de ces cycles sur l'économie. Friedman démontre remarquablement ces cycles, mais comment les stabiliser ? Il propose de diminuer la quantité de monnaie en circulation.

Certes, cela minimise le problème, mais c'est insuffisant. Cela retarde l'arrivée des crises, mais ne les arrête pas. Et puis imaginons un gouvernement Keynésien... (nous sommes en démocratie). Comment l'empêcher de financer ses dépenses et les interventions de l'Etat en émettant de la monnaie ou en empruntant ? La théorie de Friedman est exacte et précise, mais elle ne répond pas à cette question. Il fallait oser aller plus loin et j'ai tenté.

Friedman pose comme postulat qu'il n'y a que des gouvernements monétaristes, mais si un gouvernement Keynésien est élu, il agira librement sur la sphère monétaire. Et comment l'en empêcher ? La seule et unique solution que j'ai trouvée était de retirer à l'Etat la capacité d'agir sur la sphère monétaire. En URSS, quand on n'arrivait pas à trouver une solution à un problème, on changeait l'énoncé du problème, arbitrairement, sans débat démocratique.

Je suis donc parti du postulat que dans un territoire donné, on supprimait la monnaie existante et que l'on créait une nouvelle monnaie avec comme base, que le nombre d'unités monétaires émises et circulant serait limité et connu dès le lancement de cette monnaie... Plus de problèmes d'évolution cyclique de la masse monétaire en circulation, elle est linéaire, définie par avance, puis figée lorsque l'on cesse les émissions.

Conclusion : J'étais formé dans la dictature du prolétariat et je partais dans la dictature de la monnaie (je plaisante, bien sûr, c'est pour alléger un peu notre discussion car mes explications sont assez techniques, et je m'en excuse). Plutôt que de rechercher une solution aux problèmes du modèle en vigueur, j'ai changé le modèle.

Au départ, j'ai imaginé un système sans taux d'intérêt, mais cela laissait encore trop de paramètres pour l'intervention de l'Etat. Il fallait un système monétaire qui soit indépendant des Etats, avec une monnaie qui évolue uniquement en fonction de l'offre et de la demande des agents économiques.

Fin de l'intervention des banques, fin de la spéculation, fin de l'intervention des Etats, fin des taux d'intérêt ! L'agent économique (particuliers et entreprises) doit être le seul intervenant sur l'offre et la demande. L'Etat devenant alors un agent économique neutre, sans pouvoir sur la monnaie.

L'absence de l'intervention des banques, des fonds spéculatifs et des Etats, ajouté à l'absence de taux d'intérêt, c'était les fondations de la maison. Emettre un nombre limité et connu d'avance, c'était lui donner un toit. C'était donner la prospérité à la zone économique qui adopterait cette monnaie. En effet, il ne peut plus alors y avoir de cycle d'augmentation ou de baisse de la masse monétaire en circulation. Le montant de la masse monétaire est fixé dès le départ. C'était rejoindre le résultat théorique recherché par Friedman, mais par un autre chemin. Un chemin qui, dans les faits, allait encore plus loin. Je suis allé jusqu'au bout de la logique de Friedman.

C'était partir du principe que le postulat de Friedman était devenu une réalité permanente. Friedman, comme pour tous les économistes monétaristes, a fait 75% du travail. Puisque la masse monétaire en circulation était cyclique et évoluait en fonction des politiques des Etats et que ces cycles étaient cause de crises et appauvrissement de la population, il fallait qu'à un moment donné, cette masse monétaire devienne fixe ! Quel que soit le gouvernement. Lorsque l'on atteint le nombre d'émission prévu, on s'arrête. Il n'y a plus de cycle d'augmentation et de baisse de la masse monétaire. J'ai repris les différentes équations avec tous les agrégats ainsi postulés... Et cela fonctionne très bien.

Mais dans votre théorie monétaire, il n'y avait pas de démocratie. Vous décrivez un Etat très autoritaire avec la monnaie. Et une absence de changement de gouvernement ?

Oui, je l'avoue. Mais vous savez à cette époque, je suis un étudiant soviétique habitué à ce que vous appelez la dictature. L'autorité arbitraire de l'Etat était la norme. Ensuite, en arrivant dans le monde capitaliste, je me suis rendu compte que dans une société libre et démocratique, un groupe d'agents économiques pouvait décider d'adopter une monnaie, parallèlement à la monnaie d'Etat existante, et fonctionner sur des bases différentes (en l'occurrence, celles de ma théorie). Que l'instauration d'une monnaie comme celle que je préconise était possible soit par autorité de l'Etat, soit par un choix d'agents économiques libres symbolisant une société de liberté. L'invention d'Internet a décuplé cette liberté de chacun... Plus besoin de dictature (rire). Il y aurait une thèse à faire sur ce sujet, vous ne pensez pas ? (sourire malicieux)

Et pourtant, vous ne créez pas le NNC immédiatement ?

J'ai voulu le créer. J'ai sans doute été victime de ma fièvre patriotique. A cette époque, l'Ukraine vient d'obtenir son indépendance. Et j'arrive dans ce pays qui est le mien, avec ma théorie monétaire et mon rêve d'une nouvelle Ukraine, à laquelle je propose de créer une devise répondant à ma théorie. Je ne pense qu'à cette nouvelle Ukraine.

Ce fut une terrible désillusion. Ceux qui prennent le pouvoir économique à ce moment-là sont des nationalistes absolus. Ils rejettent tout ce qui vient de près ou de loin de l'URSS. C'est tout juste si je n'étais pas un espion ! Ils voulaient couper les ponts avec 50 ans de "Soviets". J'étais le symbole de cette URSS dont ils ne voulaient plus entendre parler. J'avais été formé et éduqué dans les écoles de l'Union Soviétique ! Eux étaient des dissidents depuis toujours ! Certains étaient d'anciens prisonniers politiques. (Après un long silence) Imaginez comment ils ont accueilli le jeune étudiant formé dans les écoles de la future élite de l'URSS. Comment leur en vouloir ? L'Histoire nous a appris depuis ce qu'était la vie d'un dissident en URSS. Il y a même eu un moment où je me suis posé des questions sur ma sécurité. Ma femme avait peur pour moi. Je n'ai jamais pensé qu'ils m'auraient fait du mal, mais pour rassurer ma femme et passer à autre chose, nous sommes partis pour les Etats-Unis. Nous avons voulu changer de vie.

Et vous ne gardez pas cette idée de nouvelle devise ?

Quand vous arrivez dans un nouveau pays, ce n'est pas pour révolutionner la monnaie. Et puis, le Soviétique à cette époque, c'est le looser. Et pour les Américains, je suis un Soviétique, pas un Ukrainien. En plus, je parlais très mal anglais à l'époque. Et puis, j'étais abattu, mon rêve de participer à la reconstruction économique de mon pays s'envolait.

Puis un jour apparut le Bitcoin, ce fut pour vous un déclic ?

Immédiatement, je me suis dit : "Mon Dieu, quelqu'un l'a fait !" J'ai tout lu sur le Bitcoin, tout analysé, je me suis procuré le livre blanc de Satoshi. Il avait réussi à supprimer le rôle des banques et des Etats et à redonner le pouvoir absolu aux agents économiques. Le pouvoir aux utilisateurs ! Les taux d'intérêt n'existaient plus. Tout fonctionnait sans banque et sans Etat, sans taux d'intérêt, sans politique monétaire d'un Etat. Il avait réussi à concrétiser dans la réalité ma théorie monétaire.

Il y avait ajouté l'aspect technique et crypté, et je n'ai d'ailleurs jamais compris pourquoi. Peut-être était-il un brillant informaticien et un bien mauvais comptable (Rires)... (Mais il y avait un économiste avec lui, j'y reviendrai). Sur le papier, c'était ma monnaie, celle de ma théorie ! J'en ai même oublié d'acheter du Bitcoin. C'est mon épouse qui un jour me dit : "Mais tu n'as pas acheté de cette monnaie ?" J'étais vraiment troublé... Je ne pensais qu'à trouver qui avait fait cette monnaie. Je voulais le connaître et le rencontrer. Immédiatement après cette remarque de mon épouse, j'ai acheté... Mais j'ai revendu bien trop tôt, car je ne pouvais imaginer que le Bitcoin arrive à un tel prix. J'ai cherché pendant des années qui donc avait  bien pu mettre cela en fonctionnement.

Et vous avez une idée ?

Non aucune. L'inventeur du Bitcoin a disparu du jour au lendemain, laissant place aux légendes. Si vous voulez mon avis, Satoshi Nakamoto, soit il est mort, soit il est apeuré par ce qu'il a créé, soit il est chinois (éclats de rire). En effet, lorsqu'un Chinois ne veut pas dire qu'il est Chinois, il prend un nom japonais. (Rires)

Sérieusement, quelle est, selon vous, l'hypothèse la plus probable ?

Selon moi, il n'a fait que disparaître d'Internet et il est sûrement très riche et il avait l'intention de le devenir, sinon comment aurait-il pu laisser le Bitcoin s'offrir aux marchés financiers et à la spéculation ? Très rapidement, ce n'était plus la monnaie des utilisateurs, c'était celle de la spéculation. C'est à ce moment-là que j'ai compris qu'il y avait une déviance par rapport à ma théorie et qu'il y avait encore de la place pour une monnaie collant complètement à celle-ci. Ou alors, et c'est possible aussi, son invention lui a échappé à cause d'une trop grande décentralisation de sa gestion et il a perdu le contrôle. L'excès nuit en tout. En trop et en trop peu. En effet, dans une monnaie et je l'explique dans ma théorie, si la centralisation est totale, par exemple dans les mains d'un Etat, c'est tôt ou tard la catastrophe économique. Mais imaginons à l'inverse une décentralisation absolue. Est-ce mieux ? Ce pourrait être l'objet d'une thèse. Qui veut essayer ? (Rires)

Revenons au NNC, c'est à ce moment-là que vous le lancez ?

Oui, c'est à ce moment-là. Le point qui m'a vraiment décidé, c'est l'arrivée de la spéculation sur le Bitcoin. Mais le BTC contenait la spéculation dans ses gènes. Et j'allais vite pouvoir le vérifier avec des équations.

Je vais reprendre le fonctionnement du Bitcoin et le comparer point par point à ma thèse. J'ose dire que j'ai considéré le Bitcoin comme une version Bêta de ma thèse. Ce n'est pas présomptueux, c'est une volonté intellectuelle de savoir s'il est possible de faire une monnaie qui corresponde à 100% à ma théorie. Je suis un esprit scientifique, je suis un chercheur en économie... Donc je cherche.

J'ai particulièrement étudié l'évolution de l'augmentation de sa masse monétaire (on revient toujours aux bases de Friedman), ou si vous préférez, l'évolution du nombre de Bitcoins en circulation. Cette masse augmente de moins en moins vite. En effet, plus le temps passe, moins on émet de BTC. C'est un appel d'air pour les spéculateurs. Qu'il y ait au final un nombre de Bitcoins limité, c'est très bien. Mais sur un laps de temps identique (par exemple, une année), on en émet de moins en moins. Donc la durée pour atteindre le montant final s'allonge. La courbe d'émission n'est pas linéaire, elle est décroissante. C'est cela l'appel d'air pour les spéculateurs. C'est en cela que le BTC contenait en lui les gènes de la spéculation. Il a fallu 9 ans pour miner 80% des BTC et le dernier BTC sera miné en 2140. Donc en tant qu'utilisateur, vous n'avez pas le pouvoir d'agir sur cela... Cette monnaie n'appartient pas à 100% aux utilisateurs. Son algorithme d'émission verrouille l'élasticité de sa création monétaire de manière dégressive. Je ne vais pas le faire ici, mais si vous replacez ces paramètres dans une équation monétariste, c'est une inflation totale du prix. Un prix économiquement surcoté avec tous les risques que cela comporte. Comme si Satoshi avait voulu remplacer l'or plutôt que le dollar ou toute autre devise d'Etat. Et pour cela, il s'est clairement servi de l'équation de l'élasticité de la demande. C'est transparent dans l'algorithme du BTC. C'est en cela que le BTC contient les gènes de la spéculation. C'est dangereux et je l'ai clairement évité avec le NNC.

Mais au final, le Bitcoin reste une référence.

Mais c'est très bien ainsi. Bravo Satoshi ! Je n'ai pas l'ambition de faire mieux mais de faire différent, plus proche de ma thèse, en gommant quelques dysfonctionnements et en supprimant des aspects superflus qui pourraient à terme porter préjudice.

Comment avez-vous contrecarré cela avec le NNC ?

Eh bien, j'ai fait en sorte que le NNC soit émis au rythme de l'offre et de la demande des agents économiques. C'est à eux qu'il faut donner le pouvoir de décider et de provoquer l'émission des NNC. Vous en voulez beaucoup ? Eh bien, on arrivera vite au nombre qui doit être émis. Vous en voulez peu ? Eh bien, nous y arriverons doucement. Avec le BTC, c'est un algorithme mathématique qui a le pouvoir. Que vous en vouliez beaucoup ou que vous en vouliez peu, le rythme d'émission est prédéfini. Le NNC, lui, est dirigé par l'offre et la demande des seuls agents économiques, comme dans ma théorie. Le BTC, on a l'impression qu'il a été conçu pour faire la fortune des seuls premiers utilisateurs.

J'ai aussi créé le bonus. C'est un peu comme si chaque NNC émis contenait un algorithme qui va, chaque mois, lui-même émettre 20% de NNC en plus. D'une part, cela récompense les investisseurs, et non pas seulement les mineurs (c'est là une différence importante, et veuillez noter que le premier mineur, peut-être même le plus gros,... c'était Satoshi), avec un rendement égal, et d'autre part, cela permet de pondérer l'élasticité de la masse monétaire en circulation et d'arriver dans un délai "souple" au nombre de NNC devant être émis (par "souple", j'entends : "en fonction de l'addition des comportements des utilisateurs qui vont eux-mêmes décider du délai"). J'ai été beaucoup plus égalitariste que Satoshi, c'est sans doute mon côté "éducation soviétique" (éclat de rire).

D'un point de vue mathématique, le bonus, au-delà de rémunérer les investisseurs (ce qui est normal), agit comme un pondérateur. Puis, une fois que toutes les unités d'une monnaie ont été émises et que celui qui en voulait en a eu... alors, on peut laisser le cours monter beaucoup plus vite. Il doit y avoir 2 étapes et le BTC a oublié la première étape. Donc, il est monté trop vite et trop de monde n'a pas osé en acheter à de tels prix. Donc, il a perdu des utilisateurs et tous les utilisateurs n'ont pas gagné. Avec le temps, cela s'approche d'une somme nulle. Pour un gagnant, il y a un perdant. Danger !

Certains pensent qu'une fois le bonus terminé, le NNC s'effondrera.

Rire !!! Quel manque de culture financière. S'il vous plaît, que celui qui ne comprend pas le fonctionnement du NNC ne raconte pas pour autant n'importe quoi. S'il vous plaît... Il me semble pourtant que c'est un Français qui a eu le prix Nobel d'économie en démontrant, entre autre que "la hausse du prix d'un bien est le signe d'une rareté future". Cette phrase est de lui. (NDLR : M. Nazarenko parle ici de Gérard Debreu). Et c'est lui qui a démontré (j'ai bien dit démontré, pas inventé) de manière indiscutable l'équation de l'élasticité de la demande et de la masse monétaire en circulation. Et ses travaux ne sont pas vieux. Celui ou ceux qui a/ont contribué à créer le BTC connaissai(en)t cette équation de l'élasticité de la masse monétaire, c'est transparent. Je ne sais pas si c'est Satoshi lui-même qui a intégré cette équation, mais il fallait au moins deux compétences. Celle d'un développeur informatique et celle d'un économiste. Le rythme de création du BTC intègre à la virgule près, cette équation monétaire, ce ne peut être un hasard. Cela ouvre la porte à une spéculation folle et assurément à leur immense fortune.
Vraiment désolé si c'est un peu technique, mais c'est ainsi que cela fonctionne. Différence entre BTC et NNC ? L'un, dans son fonctionnement, augmente le résultat de l'équation de l'élasticité de la monnaie, l'autre le pondère. Conséquence, l'un est beaucoup plus chaotique dans son évolution et dans le temps, donc plus dangereux pour l'investisseur alors que l'autre est beaucoup plus stable et pondéré, donc plus sûr.

Pour en revenir au bonus, bien sûr, c'est un mécanisme appréciable. Mais il y a à peine 6 ans, le NNC valait 0,056 dollars, et il vaut aujourd'hui 2,21 dollars. Imaginez combien il vaudra lorsqu'il ne sera possible d'en acheter qu'à ceux qui en détiennent et que la loi de la rareté produira son effet ? J'avoue être parfois très étonné par le manque de culture économique de certains membres. Et je vais faire une remarque sous forme d'humour : au lieu de venir me contacter sur Linkedin, ils devraient aller sur Internet pour y étudier la loi de l'offre et de la demande, celle-ci est aussi vieille que le capitalisme. C'est la première chose que l'on étudie quand on étudie l'économie... (rire)... Je dis cela avec humour, je n'aime pas la méchanceté.

Le bonus est une rémunération de court terme, comme le minage. Appréciable, certes, mais que pèse le bonus face aux pourcentages gagnés sur le cours en moins de 6 ans. Faites ce calcul et vous comprendrez, et vous pourrez imaginer la suite.

Jusqu'où pensez-vous que le NNC puisse aller ?

Il ira là où l'amèneront les agents économiques. Le NNC appartient aux agents économiques qui l'utilisent. Ce sont eux qui font le cours du NNC. Ce n'est pas un Etat, ce n'est pas SNL, ce ne sont pas non plus les spéculateurs. Ce sont les utilisateurs, qu'ils soient consommateurs ou investisseurs. Et ceci par le mécanisme de l'offre et de la demande. C'est elle qui dirige le NNC, y compris le rythme d'émission des NNC. Le jour où l'Etat a décidé d'entrer dans le jeu de la monnaie, tout a dysfonctionné et la dette a enflé. Et elle continue à enfler. Le NNC, avec son bonus, est une claque aux Keynésiens car, vous l'avez compris, je ne suis pas, mais alors pas du tout, un Keynésien.

Le keynésianisme, c'est le pas de la porte du communisme. Leur fonctionnement a la même base : l'Etat décide de manière autoritaire au mépris des lois économiques, même si cela prend dans nos sociétés le nom de "loi votée par un parlement élu".

Quelle différence faites-vous entre un spéculateur et un investisseur ?

Un spéculateur a une vision de court terme. Des gains, et des gains tout de suite, même si cela implique de prendre un risque important que, le plus souvent, il ne mesure même pas.
Un investisseur a une vision à plus long terme, il est plus calme, ne réagit pas à la seconde. Il sait qu'avec le temps, les gains seront très importants et les risques minimisés.
Un spéculateur raisonne en jours, alors qu'un investisseur raisonne en années, à 3 ou 4 ans.

Vous avez quand même bien une idée du prix que pourrait atteindre le NNC ?

Si on compare aux autres monnaies décentralisées, un prix de 8 ou 10 000 dollars, comme le Bitcoin, est impensable pour moi.
D'ailleurs, la seconde monnaie décentralisée (l'Ethereum) vaut à peine 200 dollars. Il y a une surcote terrible du Bitcoin. Quelle chose justifie un tel écart de prix avec les autres devises qui fonctionnent de la même manière ?

Je pense que nous ferons mieux que l'Ethereum. Disons qu'un prix de 250 à 300 dollars pour le NNC me paraît réaliste. Mais pas en une année, soyons lucides. D'ici 3 à 4 ans je pense, c'est possible. Vous savez la communauté du NNC s'élargit de jour en jour.

Beaucoup de nos membres sont des "holders", c'est-à-dire qu'ils achètent dès qu'ils en ont les moyens, ils accumulent leurs NNC, mais ne vendent jamais. De temps en temps, ils prennent leurs bénéfices représentés par le bonus... Et encore, pas toujours. Le plus souvent, ils réinvestissent, ils accumulent... Ce sont ceux-là qui vont gagner gros... Très gros. C'est ce mécanisme de "holders" qui a fait le succès du Bitcoin à ses débuts, avant que son rythme d'émission ne ralentisse trop. Du NNC à 2 dollars, vous n'en trouverez plus. C'est fini, le cap est passé, comme fut passé celui du NNC à 1 dollar.

Ceci étant dit, j'espère que le NNC n'ira jamais au niveau du Bitcoin, car cela signifierait que la spéculation a gagné.

Vous voulez dire que celui qui prend son bonus ne devrait pas ?

Ah non, je n'ai pas dit cela. Il faut respecter ceux qui ont besoin de leur bonus pour vivre, et il y en a ! L'argent de l'utilisateur doit rester libre et disponible. Ce que je dis, c'est que celui qui gagnera vraiment beaucoup, c'est celui qui accumulera beaucoup. C'est une vérité arithmétique de bon sens.
Mais chacun a des particularités dans sa vie qui ne se discutent pas, elles se respectent.
Pour résumer ce que je disais : imaginez que le cours du NNC soit multiplié par 150 ou 200 dans les années à venir. Alors évidemment, celui qui a accumulé les NNC se fera une petite fortune. Et celui qui a vendu des NNC de son bonus regrettera sans doute. Mais parfois, dans la vie, on n'a pas le choix. Il faut donc permettre à celui qui le veut de récupérer la partie qu'il souhaite. La liberté, c'est important !

Partie 2 et 3 à venir...

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"Merci beaucoup à Igor Nazarenko d'avoir pris le temps de répondre à nos questions et à Pauline Lebon pour la réalisation de cette interview et sa retranscription"




Cours du NNC au 8/11/2019 :

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